Le tournant…

Author: Cyril  |  Category: Non classé

Je découvrais pour la première fois, l’endroit où oeuvrait JM.

Son cabinet se trouvait dans un bel immeuble haussmanien, dans un des quartiers chic de Marseille.

Arrivé au 5ème étage par un ascenseur, je me retrouvai devant une double porte d’entrée, sur laquelle était rivée une plaque de bronze gravée :

JEAN-MARCEL COLONNA

CABINET D’ARCHITECTE

Je sonnai… Après quelques secondes d’attente, JM vint m’ouvrir et m’accueilla par un triste sourire ; ses traits étaient tirés par deux nuits sans sommeil.

Il me fit entrer dans un vestibule dont la peinture des murs devait être à l’origine de couleur blanche. Appuyé contre le mur de gauche une table basse carrée en chêne clair ; de part et d’autre deux fauteuils défraîchis en bois et tweed des années 70 ; sur la droite, se trouvait une banque en forme de demi-lune de la même couleur que la table basse, sur laquelle était posées des piles de dossiers poussiéreux.

Du temps où les affaires étaient plus prospères, j’imaginais qu’une secrétaire devait accueillir la clientèle.

Après la bise d’usage, JM m’invita à passer dans son bureau ; une grande pièce carrée, très lumineuse, qui ouvraient sur trois grandes fenêtres, avec des plafonds moulurés très hauts.

A peine entré, le téléphone de JM se mit à sonner ; pendant qu’il décrochait, il me fit signe de m’asseoir dans un des deux confortable fauteuil club en cuir vieilli, qui faisait face à un imposant bureau à caisson des années 50.

Je fis un rapide tour d’horizon. Mon regard fut d’abord attiré par une table à dessin d’architecte ; derrière, une grande bibliothèque qui occupait tout un pan de mur, où s’alignaient un impressionnant rayonnage de livres ; un peu plus loin, je détaillais des maquettes de maisons posées sur des étagères, quand JM me dit sans entrain :

« Alors Cyril ? Quoi de neuf ? »

Ramenant JM à l’objet de ma visite :

- »Pas grand chose, mais toi par contre… C’est pas la grande forme… Comment çà s’est passé avec Mariette ? »

JM prit alors un élastique entre ses doigts, qu’il triturera durant tout notre conversation.

« Je suis rentré une heure après t’avoir rappelé. Mariette m’attendait. Elle m’a embrassé ; m’a demandé comment j’allais ; m’a dit s’être inquiétée… Je lui ai demandé de s’asseoir pour lui parler… »

Je ne laissa aucun signe d’inquiétude transparaître et pourtant….

« Il faut que je te dise Cyril, que je n’ai pas touché Mariette depuis plus d’un an. »

- »C’est toi… ou elle… ou tous les deux ?? »"

« Non, çà vient de moi. A chaque fois qu’elle a essayé de se rapprocher pour faire l’amour, j’avais toujours un prétexte pour me défiler »

- »Mais elle ne t’a jamais demandé d’explications ? »

« Je crois, qu’elle sait depuis toujours que la situation que nous vivons, allait arriver un jour ou l’autre. Ne vouloir rien voir, était sa façon de ne pas appréhender une réalité qui lui serait insupportable… »

Un long silence ponctua son récit. JM parût tout à coup oppressé :

« Je lui ai dit qu’il fallait qu’elle envisage de refaire sa vie… Qu’il me fallait vivre autre chose… Que j’étouffais… Que j’avais envie de liberté… C’était très dure, elle ne disait rien… Elle regardait juste les doigts de ses mains se croiser et se décroiser… »

JM marqua une pause. Je restais là sans bouger, sans répondre… J’étais ému et désemparé ; juste avec mon regard bienveillant et mon écoute.

Des sanglots étranglés dans la voix, JM reprit :

« Mariette n’a rien dit. Elle s’est levée… A posé un instant sa main sur ma tête ; elle s’est alors dirigée vers l’entrée où je l’ai entendu prendre des clefs, puis la porte qui s’ouvre et se ferme doucement… J’ai reconnu le bruit moteur de sa voiture ronronner un moment, puis s’éloigner lentement. J’ai réalisé que je l’avais peut-être perdue… »

JM pris une respiration profonde avant de continuer :

« Je ne sais pas combien de temps je suis resté comme çà les yeux dans le vague et la tête vide… C’est la sonnerie de mon portable qui m’a sorti de ma torpeur. Sur l’écran de mon téléphone un texto de Mariette :

« Je suis, et serai toujours à tes côtés. Je t’aime »

« Tu vas penser que je suis un salaud, mais j’ai tout de suite pensé à Daniel. Je l’ai appelé ; je suis tombé sur sa messagerie ; je lui ai dit que çà n’allait pas fort, et lui ai demandé de me rappeler…

Et il m’a rappelé oui… Pffffffff… Ce matin…

Avant de me demander comment j’allais, il s’est étendu sur le fait qu’il était débordé, qu’il n’avait pas de temps pour lui et même pas pour me téléphoner… Je lui ai répondu que tout allait bien ; que j’étais aussi débordé et que je le rappellerai dans la semaine… Il m’a juste répondu : ciao, bisous… ».

Le silence était pesant, à part les claquements secs et cadencés que faisait l’élastique entre les doigts de JM.

Dépité JM rajouta :

« Je dois admettre Cyril… Que tu n’avais pas tord à propos de Daniel… »

Tant qu’à moi, je pensais surtout à la douleur de Mariette… C’est alors que je m’assis au bord du fauteuil ; me rapprocha du bureau en y posant mes deux coudes avant de prendre la parole :

- »Daniel n’est pas le seul fautif, tu sais. Evidemment, pour lui ton escapade nocturne était sans conséquences sur ta vie d’homme marié. Je suis sûr qu’il n’a même pas mesuré le cataclysme que çà risquait de provoquer ; à sa charge il a du te forcer la main… Mais bon je t’avais un peu mis en garde sur ce genre de personnage…. Et puis il faut que tu reconnaisses que tu t’es emballé. Il ne t’a rien promis après tout… Tu as passé de bons moments avec lui ?!! Il te faisaient oublier pour quelques heures les soucis et tracas du quotidien ?!! Mais franchement, tu te voyais vivre avec lui ???? Quitter Mariette ? Pire vivre seul ? »

« Non, tu as raison, je le sais… Mais c’est dure, de penser que pour Daniel, je ne suis qu’une parenthèse, alors que pour moi… »

- »Je ne te juge pas, mais tu as pensé à Mariette ? Ce qu’elle peut éprouver ? Je la trouve courageuse, attentionnée, aimante… SI digne, pour réagir comme elle l’a fait. Je ne crois pas que tu puisses retrouver quelqu’un comme çà. »

Songeur et lointain :

« Je sais… Je lui ai proposé de reprendre sa liberté mais, elle n’en sera jamais capable… »

D’un coup, j’étais prit d’une colère contenue qui ira crescendo et qui n’épargnera pas JM :

- »Mais tu l’a sous-estime ! Je n’y crois pas. Tu as vraiment une si piètre opinion d’elle. Elle s’occupe de ta fille et de toi et vous n’êtes pas deux cadeaux ; de ta comptabilité ; des taches ménagères ; se démène toujours pour se trouver du boulot… Tu veux que je te dise : ta fille et toi vous êtes son talon d’Achille. Je te l’accorde ce n’est peut-être pas un canon, mais elle est charmante, souriante, spontanée, courageuse, et si tu crois qu’elle ne peut pas rencontrer quelqu’un… Tu te goures profondément. Par habitude, tu ne vois même plus l’amour qu’elle te porte sans rien te demander en retour… Tu as la chance qu’elle ne voit que toi, et qu’elle ne soit pas réceptive aux regards que certains hommes peuvent lui porter. Fais attention : elle peut changer… Je te le dis franchement : ne tente pas le diable JM… Tu vas te retrouver tout seul comme un con… »

Piqué et quelque peu revigoré JM me lance :

« Et toi ? Tu as quitté Sophie et tu t’es bien retrouvé tout seul… Alors ? »

Sur le ton de l’exapération :

- »Alors quoi ?Je t’ai déjà dit que tu mélangeais ta situation et la mienne. Je te rappelle une fois encore que c’était un choix de vivre SEUL. Je n’ai pas quitté Sophie pour une autre personne. J’insiste mais LA, est toute la différence entre nous. Tu as compris ce que je veux te dire ? Mariette ne te demande rien ; elle veut juste que tu restes avec elle ; s’acrifiant au passage sa vie de femme. Elle accepte ta vie d’homo. Ne l’a croit pas si dupe… »

« Oui, mais… »

Excédé, ne lui laissant pas terminer sa phrase :

- »Mais quoi encore ? Tu as l’argent du beurre, sans le cul de la fermière. Que veux-tu de plus ?… OHHHH… Tu es comme Daniel finalement : moi, moi, moi, moi,moi,…Tu ne penses qu’à toi… Tu finiras comme cette… »

Ressaisi, JM me coupa à son tour :

« STOP ! ARRETE ! Ne sois pas si agressif…  Je voulais juste te dire que… Oui tu as raison… Je vais devoir y voir plus clair dans ma vie. C’est juste… Dur de se prendre la réalité en face, c’est tout… ».

Surpris par le ton sur lequel JM m’avait répondu, je me rendis instantanément compte que j’étais peut-être allé trop loin :

- »Pardon JM, je retire ce que j’ai dit… Tu es tout, sauf… « 

En coeur :

« … comme ce CON de Daniel »

Puis nous nous sommes pris d’un faux rire salvateur, après cette discussion houleuse et emplie de tension.

Tout en riant :

- »Tu vois qu’on est d’accord… »

« Non, j’entends… »

Et nous nous sommes mis à rire de plus belle. Je crois qu’à ce moment là, on aurait pu nous annoncer la fin du monde, que nous n’aurions pu nous arrêter…

Je me suis levé en même temps que JM, Nous nous sommes rapprochés pour se tomber dans les bras, en une accolade fraternelle. Après quelques secondes, je me dégageais, des larmes de joie aux yeux :

- »Oh putain, çà y est je chiale aussi, merde alors ! Tu fais vraiment chier JM »

« Oh, la gonzesse »

Nous sommes repartis à rire… JM reprit son souffle pour demander :

« Quelle heure est-il ? »

Je regardai ma montre et lui donnai l’heure :

- »13H45″.

« Aller, je t’invite chez les filles »

- »Mais JM, le temps d’arriver elles ne nous serviront plus ? »

« V’ont pas faire chier les gouines, je te le dit… Sinon… Je les sodomise… »

A peine audible, entrecoupée par les rires :

- »MAIS… ELLES… NE SONT… PAS GOUINES… »

« MAIS… JE LE SAIS… »

Je me retrouvais plié en deux, prêt à tomber par terre. Si je n’y avait pas survécu, on aurait pu lire en épitaphe l’expression « Mort de rire »…

Après s’être calmé, JM ferma son cabinet. Nous irons euphorique, avec sa voiture vers le cours JU, afin de déjeuner chez « Les filles de l’astre goulu », où nous poursuivrons notre conversation plus calmement.

Le silence des agneaux

Author: Cyril  |  Category: Non classé


Nous arrivâmes vers 14H15 chez les filles de « L’astre goulu »… Contrairement à ce que nous avions pensé, les filles ne nous firent aucune remarque sur l’heure tardive de notre arrivée. Nous nous installerons à l’intérieur, car le temps s’était brusquement couvert et la pluie menaçait. Sur ma lancée de notre échange du matin, je persuadai JM de revenir vers Mariette. Ce qu’il fit. Cette journée fût à l’image du temps : grise et triste. Nous nous quittâmes vers 16H30, sous une pluie battante.

Les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules dit-on, et pour JM la loi des série sera cruelle. En l’espace de 6 mois, il perdra son unique soeur, sa mère et sa tante. Durant cette période, n’ayant pas le coeur à sortir JM se fera plus discret et nos pauses déjeuners épisodiques. Nous garderons un contact téléphonique pour se donner de nos nouvelles… Je retrouverai JM, plus tard et plus en forme que jamais après cette période funeste.

Pour ma part, une année dure émotionnellement ; largué depuis quelques mois par mon premier amour homosexuel, après une relation de 4 ans, je me retrouvai comme orphelin et abandonné.  Je m’étais raccroché à JM, comme à une bouée après un nauffrage ; j’étais devenu de surcroît addict à nos entrevues hebdomadaires et je ressentais un double manque cruel. Je comprendrai quelques années plus tard en consultant deux psychologues, que je souffrais d’abandonite… Je ne serai, je pense jamais guéri de ce sentiment d’abandon ;  j’arrive aujourd’hui à moins en souffrir après avoir suivi deux séries d’hypnoses ericksonnienne… Mais à l’époque, pour combler ce vide je pris la mauvaise habitude d’appeler les réseaux de rencontres gay. Au point que mes économies serviront à régler mes factures de téléphone. Je dois bien admettre aujourd’hui que je recherchais le clône de JM. Autant dire que je ne l’ai jamais trouvé… Ces interludes « téléphoniques » n’avaient pas pour but une recherche éffrénée de sexe, et je n’avais donc pas d’idées arrêtées sur un type précis d’individu. Ce manque de sélection me conduisis à des rencontres aussi improbables que parfois limite dangereuses… Je me souviens qu’une chaude après-midi d’août, plus par ennui que poussé  par une pulsion sexuelle je composais le numéro de téléphone d’un réseau local de rencontres gay. L’appel n’a guère duré que quelques minutes. Très vite, un type à la voix de stantor me laissa directement son numéro de téléphone, sous le prétexte qu’il allait être déconnecté car il n’avait plus d’unité sur sa carte téléphonique. Je composais en numéro masqué (par prudence) le numéro laissé. Après quelques sommaires échanges sur nos physiques respectifs, il me laissa son adresse où je me rendrai dans le quart d’heure suivant. Il habitait comme moi dans le VIII ème arrondissement de Marseille (arrondissement pour situé, est comme le XVI ème de Paris donc pas de crainte particulière ). Arrivé devant le hall d’entrée d’un immeuble cossu des années 70, je sonnais au Numéro 7. La porte vitrée du hall s’ouvrit presque aussitôt. Je pris l’escalier, pour me rendre au deuxième étage. Deux portes d’entrée dont l’une était ouverte. J’entrais et à peine à l’intérieur de l’appartement la porte se referma derrière moi. Ce qui me saisit tout de suite fut l’odeur qui me pris presque à la gorge : une senteur d’ordures ménagères nauséabondes laissées là depuis des jours, mélangée  à du tabac froid que l’occupant des lieux avait voulu masqué en aspergeant l’appartement d’eau de cologne bon marché : première horreur. L’appartement était plongé dans une semie pénombre. Il me fallut quelques secondes pour m’habituer au peu de lumière et je regrettais très vite que ma vue redevienne aussi perçante pour découvrir en me retournant vers la porte qu’il venait de refermer, une pure vision de cauchemar. Planté devant moi, torse nu, le presque sosie du personnage de Buffalo Bill tout droit sorti du film « Le silence des agneaux ». Omar s’appelait-il ! La trentaine,1M90 au garot, cheveux frisés hyperoxydés, le teint mat, plutôt décharné, et surtout un détail qui ne pouvait m’échapper un slip bleu ciel aux tâches douteuses. En un quart de secondes je me suis dit : « Je ne vais pas sortir de là vivant ?… Me raclant la gorge et d’une voix mal assurée :

« Eh bien voilà ! Salut ! »

« Salut … Cyril ? C’est çà ? »

« C’est çà… Et toi MMMMarc ! »

Une large sourire laissa apparaître une dentition irrégulière et surtout mal entretenue (moi qui craque sur les belles dentitions j’étais servi : mauvaise pioche)

« Pas exactement. J’ai un peu triché. En fait je m’appelle Omar mais comme j’aime bien Marc,… « 

Très vif et rapide comme l’éclair, il me contourna et me proposa à boire. Je répondis par l’affirmative pour gagner du temps. Il se dirigea prestement vers la cuisine.

« Mets toi à l’aise Cyril. Assieds toi sur le canapé. Pousse les affaires, mets les par terre ».

Du regard je fis une rapide inspection des lieux de ce petit appartement. Comme Omar m’y avait invité, je scrutai le canapé. Une sorte de clic-clac recouvert d’une housse aux couleurs indéfinissables mais aussi tachée que le slip d’Omar. Et c’est peu dire… Il s’amoncelait sur ce piteux clic-clac une montagne de linges enchevêtrés. Décontenancé, je restai là debout à me demander où j’étais tombé… Mon regard balayait l’appartement  et je ne voyais que des tas de linge partout ; par terre, sur un buffet henri II, sur un coin de table du même style, sur trois des quatre chaises qui entouraient la table,… Partout, il y en avait partout… Omar, revint avec deux verres d’eau.

Directif et me montrant le clic clac du menton :

« Beh ! Soit pas timide. Vas-y ! Assieds toi »

D’un pied il shoota dans une partie du linge posé sur le clic-clac.

Dans des moments comme celui-ci mes propos sont assez mal appropriés certes mais l’action toujours dans l’urgence calculée. Pour ne pas me retrouver assis sur le clic clac à côté de « Bill », je répondis :

« Je vais pas dérangé. Je vais m’asseoir sur la chaise ». Et aussitôt, je tirai la seule chaise restait libre et m’assis.

Cyril, trop fort ; tu échappes à Omar pour cette fois mais pour combien de temps pourras tu esquiver le moment fatidique ou Bill passera à l’action ? Je dois avouer qu’à l’époque je n’osais pas dire d’entrée la fameuse phrase que tout gay digne de ce nom à entendu ou prononcer : « Cà va pas l’faire » Et là, çà ne le faisait vraiment pas…

En me  tendant un verre d’eau :

« Ah je suis sur que tu te demandes pourquoi il y a tout ce linge ? »

« Non… Euh oui. »

Intéressé  :

« Pourquoi, il y a tout ce linge ? »

Je suis parfois bête à brouter de l’herbe.

« Ah ah. Le p’tit curieux… Je suis styliste. Je crée des costumes de théâtre. Enfin, pour tout te dire : je débute »

Le ton de ma voix ne pouvait trahir mon dépit :

« Ahhhhhhh… » Mon dieu, je réalisais que je me trouvais sûrement dans l’appartement thérapeutique d’un psy.

« Et toi tu fais quoi ? »

Pris au dépourvu, je balbutia au hasard :

« Comptable »

« Ah les chiffres moi j’aurais jamais pu… « 

Puis il se lança, dans une diatribe à l’encontre de la conduite menait par  le gouvernement de l’époque en matière économique. Cette logorrhée verbale me permit de réfléchir à ma sortie.

Il s’interrompit brusquement et je vis dans ses yeux qu’il se souvint de l’objet de ma visite.

Je souris et lui demanda où se trouvaient les toilettes.

« Elle marche pas. Va dans la salle de bain et tu pisses dans le lavabo »

Il m’indiqua la porte de la salle de bain que j’ouvris et je me mis de la main à chercher l’interrupteur. Comme je ne le trouvais pas je lui demandais :

« Il n’y pas de lumière ? »

« Elle est baisée. Laisse la porte ouverte »

Goupppps. La salle de bain était plongé dans l’obscurité. L’odeur y était intenable. Je trouvais à peine le lavabo ; je baissai ma braguette et j’essayai en vain d’uriner à cause de cette intimité imposée. A côté du lavabo, je distinguais en plissant les yeux une baignoire pleine de liquide et de je ne sais quoi. Je revoyais la scène du film où Clarisse se trouvait dans la cave de Bill ; plongée dans l’obscurité, Clarisse se retrouvait à un moment donné  à côté d’une baignoire pleine de chaire humaine en décomposition. J’étais comme Clarisse, à la différence que je n’étais pas venu pour serrer Omar et que je ne  voulais surtout pas savoir ce qui se trouvait dans la baignoire. En sortant, de la salle de bain je vis Omar qui se tenait le dos contre la porte d’entrée. Je comprenais ce que çà voulait dire et je fis diversion en demandant si le tableau accroché à ma droite était l’oeuvre d’Omar. Flatté, il s’approcha et me dit :

« Je suis aussi un peu artiste peintre comme tu peux le voir »

Il s’appuya contre le mur, releva le  bras droit derrière la tête et mes délicates narines n’apprécièrent guère le fumé qui se dégagea alors de son aisselle offerte. Beurkkkk !

« J’ai voulu symboliser l’attentat du 11 septembre contre les twins towers »

« Ah bon ? »

En m’approchant plus près du tableau je distinguai comme de petits os et là aussi une odeur que je n’arrivais ou que je ne voulais distinguer heurta mon odorat.

« Ce sont des os de ????… »

« Lapins qui symbolisent les victimes de l’attentat. »

« Et la couleur brûnit des tours ?

« Mes excréments que j’ai étalé et qui en séchant ont pris cette belle teinte brûlée. C’est exactement la couleur que je recherchais et symboliquement c’est tout ce que je pense du pouvoir impérialiste détenu par le gouvernement américain sur le monde. Une bonne baffe à ces enculés »

Oooops. Je reculais doucement affublé d’un sourire benêt. Et je me dirigeai en reculant vers la porte de sortie.

En s’avançant vers moi :

« Qu’est-ce que tu fais ? »

« Qui ? Moi ? Rien ! Je me suis souvenu (tout en regardant ma montre) que j’avais un rendez-vous. Que j’ai complètement oublié. »

Je devais être arrivé vers 14 heures et je constatai qu’il était 15 heures passées. J’étais plongé dans la quatrième dimension. Hors temps, hors espace. Et surtout qui savait que je me trouvais là ? Nobody. Aie !! Mauvais temps Cyril.!!

Menaçant :

« Tu vas pas me la faire. Tu me prends pour un con ! »

« Ah non alors. C’est vraiment pas de moi çà. Je t’assure. J’en ai tout au plus pour…. Pfffoua une heure au grand maximum »

« Tu y vas APRES, à ton rendez-vous »

« Je suis déjà en retard. Je te promets. Je reviens tout de suite après. T’as vu on a bien discuté. Je te trouve très intéressant. On aura plus de temps comme çà… »

Il s’est approché de moi. A plongé son regard dans le mien et à dit :

« Ok. Tu m’as l’air honnête »

Il m’a presque fait pitié quand il a ajouté.

« Tu es le premier qui s’intéresse à ce que je fais. »

Tout en ouvrant la porte, pour me laisser sortir il a ajouté :

« Promis ? Tu reviens ? »

De mon air le plus convainquant :

« Tu peux me faire confiance. A tout à l’heure Omar. »

Sourire aux lèvres :

« Non pas Omar…Marc. A tout à l’heure Cyril »

Arrivé au bas de l’immeuble, il m’interpella de son balcon avec toujours ce même sourire béat :

« A tout à l’heure Cyril ».

Je lui fis un furtif et rapide signe de la main. Je mis mon casque, enfourcha mon bolide et parti sur les chapeaux de roues pour ne plus jamais revenir.

Je connaissais bien cet immeuble pour y passer devant tous les jours afin de me rendre sur mon lieu de travail.

Quelques mois plus tard, je vis des camions de pompiers au bas de l’immeuble d’Omar et il me semblait que son appartement était la proie des flammes. Plus tard, je pus lire dans le journal, qu’un homme d’une trentaine d’année d’origine marocaine avait trouvé la mort dans l’incendie qui ravagea l’appartement qu’il occupait et dont l’origine restait à ce jour inconnue… Ironie du sort.